La variabilité saisonnière des résurgences au niveau de chaque zone est appréhendée à partir des distributions verticales de la température et des phosphates au niveau du centre actif de chaque zone et pour chaque saison (hiver, été, printemps et automne)

Zone 1 : Cap Cantin - Cap Ghir

L’activité de l’upwelling dans cette zone est importante en été. La localisation du centre actif de la remontée des eaux profondes est située au niveau de la radiale 31°N en hiver, printemps et automne ; alors qu’il est légèrement déplacé vers le nord en été (32°30’N). L’origine des remontées d’eau profonde se situe au niveau de 200 m en hiver et en été (figure 7) et au niveau de 150 m au printemps et en automne. Les températures enregistrées varient entre 14,5°C (hiver et été) et 16 (automne). La richesse en phosphates, observée pendant les quatre saisons, n’est pas due uniquement à la résurgence car elle dépasse 0.7µgat/l., ce qui montre qu'un apport très important en phosphates est d’origine continental.

Zone 2 : Cap Draa - Cap Juby

En surface, les gradients horizontaux des paramètres physiques, chimiques et biologiques ne sont pas très visibles entre Agadir et Tarfaya, du fait que l’eau de remontée n’atteint pas la surface. Cela est dû, d’une part, à la morphologie du plateau continental qui est plus large, peu profond et ayant une pente faible et, d’autre part, à la variation de l’intensité des alizés. Sous l’eau superficielle chaude qui est moins productive, apparaît de très forts gradients verticaux. La couche profonde constitue, en effet, une zone de piégeage des éléments nutritifs issus des processus de recyclage.

   Le centre actif des remontées d’eaux profondes de cette zone est situé en général au niveau de la radiale 28°30’N (en hiver le centre actif est situé à 29°N). Les saisons d’hiver et d’été sont caractérisées par deux cellules de remontée d’eau froide, l’une à la limite du plateau continental, marquée par des eaux moins fraîches, de température de 15,5 á 17,5 °C, et une remontée côtière au niveau du plateau continental plus fraîche, de 15 á 16 °C. Cette dernière remontée a mis en évidence une poche d´eau froide, riche en phosphates. Cependant, au cours des saisons du printemps et d’automne, les profils verticaux de la température et des phosphates montrent la présence uniquement de la cellule de remontée côtière qui n’atteint pas la surface à cause de la persistance de la thermocline à 25m au niveau du plateau continental. Le piégeage des eaux riches en phosphates se manifeste toujours sur le plateau continental.

    L’origine des remontées est très variable (150 à 200 en hiver – été et 100 en printemps – automne) et les concentrations des phosphates piégées au niveau du plateau sont de l’ordre de 0,7µgat/l.

Zone 3 : Cap Boujdor- Dakhla

Les études réalisées en hiver – été de 1994 à 1998, au printemps 1999 et en automne 2003 ont montré qu’une légère «anomalie» de la température de surface des eaux a marqué cette zone durant l’été 1995 jusqu’à l’hiver 1998. cette zone se caractérise par l’existence de deux types de remontée : une remontée côtière localisée au niveau du cap Boujdor (26°N) dont son origine se situe à une immersion de 250m, observée surtout en hiver et au printemps, et une remontée située à la limite du talus continental au nord (25°30’N) et au sud (23°30’N) de Dakhla, observée respectivement en été et en automne dont l’origine d’immersion est variable (200 et 100m respectivement). Le premier type de remontée est caractérisé par des apports en phosphates élevés qui dépassent 0,7 µM (hiver – printemps) par comparaison au deuxième type (été - automne) où les concentrations en phosphates sont de l’ordre de 0,4 µM.

  En 2001, l'été a connu une faible activité de l’upwelling de la zone. En effet, le centre actif des résurgences situé au niveau de la radiale 26°N a enregistré une température qui dépasse 18,5°C, de faible taux en phosphates (moins de 0,2 µgat/l) et d’une faible immersion d’origine 100m. De 2004 à 2007 (campagnes Atlantida), les résurgences se sont manifestées par des activités normales de remontée d’origine 150 à 200m. Les températures du centre actif sont plus fraîches que 16,5°C et les teneurs en phosphates sont de l’ordre de 0,6µgat/l.

Zone 4 : Cap Barbas - Cap Blanc

Au niveau de cette zone, en hiver 1994 et 1995 où l’activité des résurgences été plus importante, l’origine de la remontée ne dépassait pas les 75 m, située à la latitude 22°N. En été, on enregistre une absence de la remontée des eaux profondes dans cette zone, marquée par une stratification verticale de la colonne d´eau au niveau du plateau continental en cette saison. Toutefois, les concentrations élevées en phosphates au large, montrent l’envahissement des ECSA du sud vers le nord. Elles apportent des eaux très riches en phosphates, qui dépassent 1µM, et des taux faibles en oxygène dissous (moins de 3 ml.l-1) à la limite du talus continental. La situation au printemps (1999) est similaire à celle observée en hiver, sauf que l’origine d‘immersion se situe à 100m.

    A partir de 2003, les études ont montré qu’à l’exception de l’année 2004, les résurgences ont connu une activité en  saison d’automne pendant toutes les années. L’origine des remontées ne dépassant pas les 100m, les apports en phosphates sont les plus importants de toute la côte. Ce qui explique l’intrusion des eaux de type ECSA (Eaux Centrales Sud Atlantiques) dans la zone sud. Certains auteurs dont Mittelstaedt (1987) a suggéré que la probabilité de trouver un flux sub - superficiel nord, au large du plateau s'amenuise entre les latitudes 20°N et 25°N, assurant ainsi l’advection des eaux ECSA chaudes et riches en nutriments, notamment les phosphates, vers le nord.

Les deux zones sud 3 et 4 ont été prospectées en 2007 (février, juin et novembre) et en 2008 à bord du N/O AMA. Les résultats des ces campagnes sont en concordance avec ceux antérieurs et montrent la présence d’une remontée côtière dans la zone 3, dont le centre actif balance entre 25°N et 25°30’N selon la période considérée, avec des températures qui varient entre 15,2 et 17°C (figure 11a). Cependant, au niveau de la latitude 23°30’N, les températures moins fraîches (dépassent 17°C) indiquent l’absence d’une remontée ; alors qu’on assiste à une stratification de la colonne d’eau qui se manifeste par l’existence d’une masse d’eau subsuperficielle froide et plus salée, localisée au dessous de 15m et s’enfonce jusqu´à 50m de la côte vers le large au niveau de la radiale 23°30’N.

   Au niveau de la zone 4 (cap Barbas – cap Blanc) le schéma est le même, avec la présence d’une résurgence côtière, plus marquée en été et en automne qui présente un gradient côte – large très important (> 3°C) au niveau des radiales 21 et 21°30’N. Cette zone est particulièrement influencée par l’advection des ECSA qui se manifestent par la présence d’une masse d’eau froide et moins salée sur toute la colonne d’eau.