Fiche explicative des migrations latitudinales des especes pélagiques

A CARACTERE TROPICAL ET SUBTROPICAL DANS LA ZONE NORD-OUEST AFRICAINE

Les migrations latitudinales (Nord-Sud, Sud-Nord) des espèces de petits pélagiques, grands pélagiques ainsi que semi pélagiques prédominent le long des côtes Nord-Ouest africaines et sont particulièrement accentuées le long des côtes sénégalo-mauritaniennes jusqu’aux latitudes du 23lème parallèle nord traversant les eaux marocaine du sud.

Les sardinelles rondes, les sardinelles plates, le chinchard noir ainsi qu’un certain nombre d’autres espèces tropicales à subtropicales fréquentant les eaux de l’Atlantique au sud du Maroc sont des espèces écologiquement inféodés aux Eaux Centrales Sud Atlantiques (ECSA). Ces eaux plus chaudes, moins salées, plus riches en sels nutritifs et moins oxygénées que les Eaux Centrales Nord Atlantiques (ECNA) du courant des Canaries (CC) portant vers le Sud, sont quant à elles associées au Contre-Courant Nord Equatorial (CCNE) portant vers le nord le long des côtes d’Afrique de l’ouest entre le Sénégal et la zone frontalière du cap Blanc-cap Barbas, où il croise le courant des Canaries portant vers le sud-ouest (Figures 1 et 2.).

L’extension saisonnière (voire interannuelle) des aires de distribution de ces espèces subtropicales à tropicales dans les eaux marocaines est déterminée, par leur abondance, d’une part, mais également et surtout par les déplacements latitudinaux du Front Thermique Intertropical (FIT) qui se balance saisonnièrement entre les latitudes du Cap-Vert du Sénégal et le Cap-Blanc (21°N et certaines années, au-delà).

Les déplacement Nord-Sud, Sud-Nord du FIT, corrélés entre autres, aux migrations latitudinales des régimes de vent et de leur zone de convergence intertropicale (ITCZ) ainsi qu’aux changements saisonnier de l’intensité et de la position des courants géostrophiques (CC et CCNE) et de l’activité de l’upwelling le long de la bordure Ouest africaine, engendrent un cycle hydroclimatique saisonnier très contrasté dans la zone de balancement du FIT, en particulier dans le secteur sénégalo-mauritanien.

Le FIT se trouve au Cap Vert du Sénégal de janvier à mars environ et remonte entre mai/juin et juillet/août vers le voisinage du Cap Blanc - Cap Barbas où il stationne jusqu’en octobre. Il s'ensuit une modification profonde de l'écosystème, notamment dans les eaux sénégalo-mauritanienne, qui passe pendant l'année d’une situation où l'influence des masses d'eaux issues du Courant des Canaries et de l’activité de l’upwelling se fait sentir de janvier à mars (saison d’upwelling sénégalo-mauritanienne ou saison froide selon l’appellation locale), à une situation tropicale où l’écosystème fortement modifié de juillet à octobre (saison chaude) par la remontée du front d’eau chaude guinéennes vers le nord et la quasi absence d’upwelling au sud du Cap Timiris de Mauritanie (19°N environ) (Figures 1 et 2). L'amplitude thermique observée entre les deux saisons - la plus forte de tout l'Atlantique tropical- peut atteindre 15°C et modifier profondément l’écosystème à l’intérieur de la zone de balancement du FIT ainsi que la composition spécifique des communautés présentes sur le plateau entre le cap Barbas et le Cap Vert.

Ainsi, en période d'alizés, quand l'upwelling sénégalo-mauritanien se déclenche, les espèces d’affinités tempérée et subtropicale (maquereau, chinchard européen, sardine) dont les centres de gravité populationnels se situent de juin à octobre entre 28° et 23°N, voient leur répartition se décaler vers le sud dès le mois de novembre et sa limite se stabiliser en février-mars entre 10° et 16°N. A l’inverse, quand les alizés et l’upwelling faiblissent au Sénégal et au Sud de la Mauritanie à partir de mai-juin, les eaux tropicales guinéennes chaudes envahissent les couches superficielles des eaux sénégalo-mauritaniennes, poussant les espèces notamment subtropicales (Tableau 1, figure 5) à migrer massivement vers le nord dans les eaux mauritaniennes septentrionales et marocaines. Le mouvement latitudinal n’affecte que les espèces pélagiques et les adultes d'espèces au comportement semi-pélagique qui ont adapté leur stratégie de survie spécifique pour éviter les eaux physiologiquement létal tout en mettant à profit ces déplacements pour se nourrir en bordure du FIT (zone de gradient riche en plancton et en proies) et exploiter les eaux présentant une fenêtre environnementale correspondant à leur preferendum thermique de ponte (Figures 3, 4).

 

 

Tableau I : Exemple d’espèces au comportement migratoire fortement affecté par les balancements latitudinaux du Front thermique inter tropical.

 

Espèces subtropicales

Espèce tropicales

Petits pélagiques

Trachurus trachurus Sardinella aurita

Trachurus trecae Caranx rhonchus Sardinella maderensis

Grands pélagiques

Albacore Listao Thon obèse

 

Semi-pélagique

Pomadasiydae : Diagramma mediterraneurn,Pomadasys incisus, Parapristipoma oclolineatum,

Sparidae : Pagrus ehrenbergi, Pagellus coupei, Dentex: filosus, Dentex canariensis,

Serranidae : Epinephelus aeneus, E. goreensis, E. gigas, E. caninus, Cephalopholis taeniops,

Carangidae : Lichia vadigo, L. amia,

Pomatomidae : Pomatomus saltafrix,

Sciaenidae : Argyrosoma regium, Umbrina canariensis, Muraenesocidae : Cynoponticus _ ferox.

Pomadasys jubelini, Scyris alexandrinus,Caranx carangus, Sphyraena piscatorium,Sphyraena sphyraena, Sphyraena dubia, Rachycenfron canadum

 

 Figure 1 : Salinité de surface simulée par le modèle ROMS pour mi-juillet d'une année climatologique. Le front en salinité (matérialisée par la transition jaune-bleu) caractérise la convergence des ECNA et ECSA (figure de gauche) - (Source Projet EcoUP —IRD/INRH). Répartition des masses d’eaux centrale nord atlantique et centrale sud atlantique (ECNA et ECSA) retracée à travers leurs caractéristiques physicochimiques : entre 0 et 50m de profondeurs (figure du centre) et entre 50 et 200m de profondeur (figure de droite). Campagne hydroacoustique du N/O Dr Fridtjof Nansen oct-déc. 2006 (Programme Nansen).

 

Figure 2: Détail des structures du Front thermique au voisinage du cap Blanc

 

   
 Figure 3. Schéma migratoire saisonnier (^) et position latitudinale saisonnière du maximum de ponte (®) de la sardinelle ronde le long des côtes nord occidentales d’Afrique adapté à partir de précédents travaux))

Figure 4. Sens migratoire et position des concentrations du chinchard européen), chinchard noir) et de la sardinelle

 

ronde (^) (adapté d’après de précédents travaux), en fonction des déplacements latitudinaux saisonniers du front thermique sénégalo-mauritanien (données AtlantNIRO).